C'est un bel objet que ce disque.
Les gars de Venice nous surprennent encore. Après la pochette un peu
cheap des "Palmiers de Chance"...
http://www.venice-
music.com/Images/pochette%20les%20palmiers.jpg">
nous avons droit, sur digipack dépliable, à une jolie tête d'enfant
(clin d'oeil aux premiers albums de U2 (??))
http://www.venice-music.com/anim/anim1.gif">
Le groupe a délibérément choisi de s'inscrire dans la Positivité et
l'acceptation, probablement la suite logique d'une certaine démarche
philosophique que nos sbires ne manqueront pas de vous exprimer, si vous
daignez leur poser les bonnes questions sur leur forum.
( http://www.venice-music.com/phpBB2/">Forum de Venice )
Plutôt que de geindre et de se plaindre, le groupe offre une fois encore
sa marque de fabrique indéniable : la joie dans l'avancée au milieu de
la confusion du monde et de son lot quotidien de sang, de haine et de
massacres.
C'est que l'atmosphère de ce disque est tendue. Une série de chansons
plutôt sombres, à quelques exceptions près (mais, exceptions
importantes pour l'équilibre de l'album), nous plongent dans le vif
du sujet : l'individu en quête de son individualité au centre de la
fournaise humaine, violente, dépravée, sans pitié, sans compassion, sans
amour.
D'entrée, l'album annonce l'apparition de l'electro, sur une atmosphère
sobre et retenue, des guitares discrètes sur un rythme de batterie
léger, la voix d'Eric nous lance son invitation : la quête de
l'Ouverture, comme en Royaume d'Enfance (dirait Nebo). Par le titre
éponyme de cette oeuvre (Soudain l'Ouverture) Eric prend date avec
lui-même et avec la Vie. S'Ouvrir, tel le Lotus, afin d'accueillir le
souffle, le chi, la danse, le sourire, les larmes... comme un enfant à
venir, ou l'enfant qu'il a été. L'Enfant que nous avons tous été et que
nous avons perdu, quelque part en nous, dans le pourissement de nos
cellules. Le ton est enjoué, lumineux, positif. On se dit qu'on est
rentré dans un album plutôt Pop, ni trop musclé, ni trop doux. Juste
équilibre. Nebo expérimente des effets de guitare extravagants, tout en
s'aménageant des instants classiques (mais classieux) : Bootleneck et
pont musical aux sons Heavy. Une guitare acoustique 12 cordes tisse la
gaieté d'un bout à l'autre de la chanson, tandis que Fréderic Laforêt,
nouveau bassite depuis le départ de Mourad Baali, tapisse
l'ensemble de notes compactes et sautillantes, alliant le groove à la
mélodie. Et une basse de cet accabi est une chose de plus en plus rare,
voir inexistante, dans le Rock Français de ces dernières années. Un tube
!
Le morceau fini on enchaîne avec "L'art"... comme un retour à la réalité
après le souffle de l'espoir... l'electro prédomine beaucoup plus dés ce
deuxième morceau, mais les instruments traditionnels (Basse, Guitares,
Batterie) sont loin d'être en restes ! Wha wha ravageuse sur le thème,
basse hypnotique, programmations clinquantes, brumes de l'underground. À
l'heure des Star academy et autres subterfuges d'usurpateurs, Venice,
par la voix d'Eric affirme que "Le drame exige un autre artiste qui
saurait l'Art d'oeuvrer sans artifices". Des accords de Piano
viennent saler les couplets. Une fois encore Nebo fait la part belle aux
effets chorusés et à une Whammy déchirante avant de finir la chanson par
un solo destructeur, souffrant, saignant comme l'esprit de ce monde à la
dérive. La voix d'Eric, puissante comme de par le passé a
énormément gagné en souplesse, émotion, confiance et mesure.
Franck s'affirme encore en batteur subtil et puissant. Le constat est
sévère : entre les lignes on comprends bien que plus personne ne pense,
ne créé, si ce n'est par tromperies et mascarades. Et l'Artiste
authentique qui se faufile dans ce bourbier doit se battre pour
atteindre la seule cible qui en vaille la peine : lui-même.
"Le Cyborg verse une larme" poursuit l'amer constat. Comme un NÉO dans
un nouveau "Matrix", un Cyborg se met à pleurer. L'electro, encore et
toujours, tient sa place et gagne le pari que peu de personnes ont osé
tenter dans l'hexagone : sonner vraiment Rock en 2006, dans ce 21 ème
Siècle agonisant dans la joie de son sado-masochisme. Bien que chanté en
français, un court refrain final en anglais nous rappelle qu'Eric vit
aux États-Unis et qu'il manie la langue de Burroughs avec brio. Le solo
de ce morceau est un instant d'anthologie à lui seul. Pédale Whammy
dégueulante, mise en place Heavy. On voit que le groupe navigue encore
et toujours en territoires multiples. Si "les marchands de guerre
s'affaiblissent" en apparence c'est pour mieux nous niquer et nous
offrir des "appétits uniformes". La basse trouve le moyen d'être
envoûtante même lorsqu'elle bourine ! Surprenant. Un futur classique.
Deuxième Tube.
Non encore remis de ces deux fleurs sombres, on enchaîne avec "Au coeur
du Miracle", autre bourrasque contrôlée aux saveurs électroniques et à
la batterie rentre dedans parfaitement maîtrisée. Les guitares font de
terrifiantes étincelles, puis se veulent soudain mélodiques, sobres,
désespérées. Le solo ne laissera pas les afficionados de l'instrument
indifférents. L'harmonisation du final est comme une précipitation vers
le "Coeur du Miracle" qui semble ressembler à un gouffre. Le pont du
milieu nous montre un Fred apte aux arpèges sur basse les plus
surprenants. Encore un titre qui nous cloue sur place.
"NYC", ou si vous préférez : New York City, calme le jeu. Une boucle de
synthé tournoyante semble être un curieux message capté de l'au-delà et
fixé sur bande. Fred, seul à la basse, sculpte délicatement une trame
mélodique où la voix du chanteur affirme un mal-être Nord Américain. Ils
font monter la sauce à deux, rejoints par un Nebo inspiré et, une fois
encore, expérimentateur : curieux mélange de sons acoustiques et
électriques avant de nous projeter avec l'entrée de la batterie vers un
terrain sulfureux que ne renierait pas Black Sabbath. Lourdeur
mélodique. Solo à la Slide en pleurs. Venice tient là son "Black Hole
Sun" à lui.
Avec "Revanche" on retourne vers un Venice un peu plus familier, si ce
n'est la séquence de synthé qui n'est pas sans évoquer les Who de "Won't
Get Fooled again" ou "Baba o' Riley", on est en présence d'un Venice
dans la droite lignée d'anciens morceaux comme "Les palmiers de chance"
ou "Vices et coutumes" du premier opus. Une chanson Pop/Rock simple et
afficace qui ferait le bonheur des Vénitiens en Live, sur une scène, en
face d'un public.
Après le troublant instrumental "Acqua Alta" du premier album, nous
avons droit ici à un nouvel instrumental durant lequel les trois tordus,
Franck, Fred et Nebo montrent leur indéniable savoir faire pendant
qu'Eric se repose. Il n'en demeure pas moins qu'Eric signe tout de même
la musique avec eux. Sur "Netzach" [b](Étrange Titre...)[/b], une
basse/batterie à la pulsation rythmique hyper afficace ouvre la voie
pour les guitares de Nebo qui louchent tantôt vers Adrian Belew, tantôt
vers un Satriani inspiré. Mises en places impeccables et solo furieux à
la Steve Vai sous harmonizer automatisé... Un autre morceau explosif
pour la scène.
Ceux qui connaissent VENICE depuis le début connaissent probablement le
morceau "Le Vin de mes Pères" qu'ils ont pu apprécier en version
électrique Heavy, ou version acoustique musclée. La grande surprise
avait été de ne pas le trouver dans une des deux versions sur "Les
Palmiers de Chance". Là, le choc est total. Cette fois c'est Franck qui
peut aller fumer sa clope. Car voici "Le Vin de mes Pères" dans une
version électro surprenante, sans batterie, sans basse, juste une
guitare implorante au milieu, pour le reste Fred aux programmations
synthétiques et Eric au chant achèvent cette première face (ah... si on
était encore au temps du vinyl !) par une dérive pleine de désespoir.
"Les Récifs" se posent le temps de leurs 4m55 comme une prise de
conscience lumineuse après la longue descente aux enfers des 7 morceaux
précédents. Guitares acoustiques et légères incursions électriques.
Basse moelleuse, solo d'orgue, petit piano final. Que dire ? Troisième
Tube assuré. Eric "Dérive entre les Récifs du mal" mais semble
voir le bout du tunnel. Venice confirme que depuis "Pueblo" et son texte
de Boris Bergman, sur le premier disque, on peut s'assoire sur une
chaise avec une guitare acoustique sans pour autant ressembler à Francis
Cabrel et a ses rimes faciles et téléphonées.
Dés l'Intro électro de "Danse du Soleil" on est collé au mur. C'est
trompeur. Après une entrée de guitares Heavy Furieuses couronnées par
une basse synthétique, le morceau se poursuit en larsens contrôlés et
guitares acoustiques dansantes et fluettes. Le refrain, mélodie
imparable qui reste dans la tête (quatrième tube ??) est
orchestré par des guitares aux leitmotifs pop dignes de Sugar ou Elvis
Costello. Nebo décore l'ensemble en arpèges délicats et slide
éclairante. Le solo final est rock à souhait. À aucun moment la mélodie
ne vient à disparaître.
"L'Irlandaise" (Cinquième Tube ???) calme le jeu après l'envolée
précédente. Guitares tantôt sobres évoquant Joan Osborne, tantôt
déchirantes à la The Edge. Synthé fantôme, noyé dans le mix. Le thème
reste dans le crâne comme une ritournelle Irlandaise... justement.
Avec "Bon appétit aux tueurs" on se retrouve plus en territoire
Zeppelinien. Guitares acoustiques et électriques mellées pour une
envolée Bluesy/Country passée à la moulinette Rock 'n' Rollienne.
Curieuse fantaisie au sein de cette galette estampillée 21ème siècle.
Guitare slide parfaitement classique. Basse et batterie groovantes.
Chant incantatoire. C'est comme pour dire : "Nous savons d'où nous
venons, n'allez pas croire que nous avons oublié."
Et voici venu le temps de la fin. Seul morceau en anglais, "At the first
time" reprend l'affaire où l'avait laissé le premier morceau du disque.
Dans cette Belle chanson d'amour dédiée à son fils, Eric se met à nu.
Nappes de guitares saturées sous Delays, arpèges U2 esques, piano et
batterie minimaliste. Dans sa descente aux enfers, Eric a trouvé le
paradis, tout du moins un semblant de paix et, à présent, il lui faut
passer le relais à ce petit être qui grandit déjà et se dirige vers
"L'Ouverture"... Splendide...
Au terme de ce disque, riche en sons divers, interprété avec maestria,
foisonnant de notes on a qu'une seule envie le remettre. Le genre de
disque qui occasionnera bien des découvertes différentes à chaque
écoute.
Franck, fantastique batteur à la scène, est fidèle à lui-même.
Légèrement auto-bridé par le studio, il ne manquera pas de se lacher sur
scène pour la plus grande joie de ses admirateurs.
Nebo a exploré des sphères dans son jeu qu'il n'avait jamais eu
l'occasion d'explorer jusque là.
Eric a fait un énorme progrès sur lui-même, sachant se faire délicat et
attentif, sobre et grandiloquent selon ce que réclamait la musique. Ses
textes n'ont rien à envier à ceux de Boris Bergman et je les trouve,
pour ma part, même supérieurs en qualité. En tout cas ils ont su donner
une cohérence et une unité à l'album car, contrairement aux "Palmiers de
Chance", ils émanent de sa seule plume. Sa voix est toujours aussi
savoureuse que de par le passé.
Je sais, d'ailleurs, que d'autres morceaux signés Venice/Boris Bergman
dorment dans les tiroirs car seuls 4 chansons signées par ce team
figuraient sur le premier album, or, une dizaine ont été écrite. Que
vont-elles devenir ? Eux seuls le savent...
Fred, nouveau arrivé, s'est retrouvé être la pièce indispensable à ce
quatuor désespéré après le départ de Mourad de Baali. Non seulement il
assume aussi bien que son prédécesseur le rôle de bassiste, mais il a
parsemé l'album de tous ses talents multiples : synthés, programmations
diverses, mais aussi enregistrement de presque la totalité des
instruments, mixage de l'oeuvre et même Guitare acoustique sur "Bon
appétit aux tueurs", bien que la pochette du disque ne le spécifie pas.
Le son de cet album est solide et de qualité pour un groupe qui s'est
pris en main tout seul, sans attendre rien de personne. Certes, il n'a
pas l'envergure des grandes productions, mais les chansons affichent une
qualité que certaines grandes productions n'ont pas.
Si j'ai un conseil à vous donner c'est d'aller
http://www.venice-music.com/pages/commande.html">Là
... et de sortir votre chéquier. Pour 10€ seulement, port compris, ce
serait vraiment con de se priver et d'en priver les amis. Dites vous que
"vous le valez bien".
http://www.venice-
music.com/pages/Soudainlouverturemp3.html">Pour entendre un extrait de
chaque morceau, allez là...
Pour entendre deux morceaux complets, "Le Cyborg verse une larme" et
l'Instrumental "Vortex" (qui depuis s'appelle "Netzach"), allez http://www.venice-music.com/pages/livemp3.html">Là
Un groupe dont il faut retenir le nom : VENICE !